• Le FLN condamne Yacef à mort et H'Didouche face à Abane

    Le FLN condamne Yacef à mort et H'Didouche face à AbaneEn prison, à Barberousse, Yacef n'avait apporté aucun renseignement nouveau à la police. Le juge l'avait interrogé à plusieurs reprises sur l'organisation du F.L.N. Ce n'était pas que Yacef ne voulait pas parler, c'est qu'il ne savait rien. Il avait hébergé Rabah Bitat dont il ignorait même le nom, mais il ne l'avait fait que sous l'effet de la contrainte. Le juge ainsi que les policiers des R.G. avaient rapidement jugé le jeune homme intelligent, très détendu, apparemment sincère.

    « On pourrait s'en servir comme appât », avait lancé un inspecteur. Le cabinet Soustelle avait accepté le plan des policiers. Il suffisait de convaincre Yacef de travailler pour la police en échange de sa liberté et, éventuellement, de compensations sonnantes et trébuchan­tes. Cela ne semblait pas impossible. Au cours de ses différents interrogatoires, Yacef n'avait pas paru aux inspecteurs être un dur, un convaincu. Il n'avait récité aucun de ces couplets nationalistes que certains «irrécupérables» brandissaient comme une bannière. Au contraire, un type compréhensif et qui pourrait devenir coopératif !

    Yacef Saadi prit les devants. C'est lui qui proposa au juge de travailler pour la police française en échange de sa liberté. Le juge accepta.

    « Je veux bien te faire remettre en liberté, Yacef, dit le juge, mais un faux pas et je te recoince. Et cette fois, tu ne t'en sortiras pas facilement. Crois-moi, nous t'aurons à l'œil. Cela dit, si tu joues le jeu, tu bénéficieras de toutes nos protections. Maintenant, écoute : tu vas reprendre contact avec le F.L.N. et tu feras ce qu'ils te diront de faire. Ce que je veux, c'est les têtes. Une des têtes pour commencer : Krim, Ouamrane ou Abane.

    - Qui c'est celui-là ? feignit Yacef.

    - Un nouveau que nous avons identifié. C'est un de nos anciens pensionnaires. Et c'est peut-être le plus dangereux. Renseigne-toi et surtout renseigne-nous. »

    Avant que Yacef eût été élargi, l'état-major du Front d'Alger était prévenu!

    C'est Bitat qui, de l'intérieur de la prison de Barberousse, qui prévint ses compagnons par l'intermédiaire de son avocat Me Ben Toumi : « Yacef a trahit. Il sort... »

    Immédiatement, Ouamrane convoqua le groupe action de Fettal, il ordonne  Bouchafa de descendre Yacef. Mais le petit Bouchafa n'avait pas oublié sa mésaventure. Lui aussi avait failli être liquidé. Il le rappela à Ouamrane :

    « Si tu ne m'avais pas réceptionné au maquis, j'y passais. Non? Abane voulait ma peau parce que, selon lui, j'avais trahi. Or je n'avais pas trahi. Pour Yacef, c'est peut-être la même chose. Moi, je n'ai eu aucun contact avec lui. Fettal et moi ne connaissons que H'Didouche, son beau-frère. Que les hommes de son groupe descendent Yacef. Moi je ne peux juger de son travail. »

    Ouamrane, furieux, n'insista pourtant pas, Bouchafa avait trop mauvais caractère. Et puis Ouamrane obéissait lui-même à Abane et à Krim. On allait discuter. Dès sa sortie de prison, Yacef, qui prévoyait les réactions du Front, dut aller très vite. S'il ne prévenait pas rapidement Krim, Abane et Ouamrane de son double jeu, il se retrouverait en moins de temps qu'il ne faut pour le dire avec une balle dans la tête. Yacef prévint immédiatement son beau-frère H'Didouche.

    « Il faut que tu expliques tout mon plan aux responsa­bles. » La réponse vint très vite.

    Yacef était convoqué par Ouamrane à Bordj-Menaïel. « Dans la ferme d'Ahmed Mohamed, à deux kilomètres au sud-ouest de Bordj », précisa H'Didouche.

    Les explications de Yacef convainquirent Ouamrane :

    « J'ai joué cette carte uniquement pour me faire libérer. Il n'est pas question de respecter le marché conclu. Sinon, réfléchis, je ne vous aurais pas alertés immédiatement !

    En revanche, ni Krim ni Abane ne furent si faciles à convaincre. Ouamrane, aidé de H'Didouche et de Chaïb Ahmed , les rencontra dans un appartement du Telemly. La conversation fut orageuse. Abane ne voulait rien entendre. Ouamrane se servit de l'exemple de Bouchafa.

    « Celui-là, dit-il, si on l'avait supprimé lorsqu'on l'a convoqué au maquis on aurait été bien avancé.

    - Tu fais bien de prononcer son nom, rugit Abane. On lui a confié la mission de descendre l'inspecteur Arbane. Il n'en a pas été capable. Une fois, paraît-il, la cartouche était mouillée, la seconde M. Bouchafa a hésité. Eh bien, moi, je n'hésite pas. Liquidons Bouchafa et Yacef. Bouchafa pour avoir failli à sa mission, Yacef pour trahison. C'est tout ce que j'ai à dire à propos de ces deux misérables ! »

    La justice d'Abane était expéditive. Pourtant Ouamrane, H'Di­douche et Chaïb obtinrent sinon le pardon, du moins le sursis pour les deux hommes. On convint de les mettre à l'épreuve. Selon les résultats obtenus, une décision serait prise. Au mois de septembre 19S5, ceux qui vont être les chefs des commandos les plus meurtriers d'Alger viennent de sauver leur peau. Abane aurait cédé devant la détermination du beau-frère de Yacef, H'Didouche, et de son copain Chaïb. Si on liquidait Yacef, il faudrait se débarrasser également de ces deux-là, et comme c'étaient eux qui s'occupaient directement du recrutement de la Casbah... la question deviens beaucoup moin facile!

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