• Un forgeron et le 8 mai 1945

    Un forgeron et le 8 mai 1945

    Par Hamou AMIROUCHE
    Un forgeron et le 8 mai 1945"L'indépendance ne se donne pas, elle s'arrache",ne cessait de répéter mon père, forgeron de profession, militant nationaliste de l'Etoile nord-africaine, puis du PPA-MTLD, quelques jours avant l'insurrection du 8 mai 1945.
    Il tenait en main un fusil de guerre, le caressait amoureusement, le démontait, le graissait et le remontait l'espace d'un éclair.
    Le 11 mai 1945, un peloton de soldats français et de Tabors marocains firent irruption dans notre demeure à Tazmalt, découvrirent l'arme et se mirent à le battre avec une sauvagerie inouïe. Ma mère, mes frères et moi, témoins forcés et impuissants, ne pouvions leur opposer que nos larmes.

     Mon père concéda bien des années plus tard que les coups de pied aux côtes et de matraque même s’ils lui faisaient perdre connaissance à intervalles réguliers étaient comme des caresses comparées à la gégène, la baignoire et la bouteille de la PRG (Police de Renseignements Généraux) de la prison civile de Bougie en novembre 1954.
    Aucun désir pourtant de rechercher ses tortionnaires, aucune haine ne perlaient de ses récits entamés mais jamais achevés, suggérés plutôt que décrits, par excès de pudeur caractéristique de notre culture.
    On apprendra plus tard que les militants nationalistes comme mon père s'en sont sortis à bon compte. La hargne cruelle mise en mai 1945, dans les grandes villes de l'est du pays, pour réaffirmer "la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française en Algérie" proclamait le général De Gaulle, dans un message adressé au général gouverneur Yves Châtaigneau[1], inspira plus de haine à son tour que de frayeur.
    Les nouvelles des massacres étaient confirmées de partout et partout avaient dépassé l’entendement. On saura quelques années après que sous l'oeil bienveillant ou indifférent des autorités coloniales, et préfigurant l'Organisation Armée Secrète (OAS) 17 ans plus tard, les colons s'organisèrent en milices et s'adonnèrent aux expéditions punitives pour venger les quelques quatre vingt huit colons tués (rapport du commissaire de Police d'Alger, M. Bergé) [2]. Beaucoup de colons
    se sont vantés d'avoir fait des hécatombes comme à l'ouverture de la chasse. L'un d'eux aurait tué à lui seul "quatre vingt trois merles..."(Algériens)
    Selon André Prenant, géographe et spécialiste de la démographie algérienne, qui s'est rendu dans la région de Sétif trois ans après les massacres, "toute la région restait frappée de deuil. Il y avait des morts dans chaque famille..."La répression de mai 1945 fut, de l'avis unanime de tous les historiens, quelque chose d'effroyable que l'on retienne les chiffres algériens ou ceux d'André Prenant: "Je pense qu'il y a eu entre 20.000 et 25.000 victimes. Les familles se taisaient et n'osaient même pas déclarer leurs morts", ajouta-t-il [3]. L'Algérie connaît pendant plus de deux semaines un déchaînement de folie meurtrière et hystérique. De nombreux dirigeants et militants du PPA, des Amis du Manifeste
    dont Ferhat Abbas et de l'Association des Oulémas furent arrêtés. Des tribunaux militaires prononcèrent 2000 condamnations, dont 151 à mort. Certains d'entre eux, ne devaient recouvrer la liberté qu’au moment où l’Algérie s’apprêtait à célébrer la fin des ténèbres coloniales. La "pacification", un euphémisme qui sera exhumé pendant la Révolution, ne prendra fin qu'avec
    la "reddition officielle" des tribus, "organisée comme un grand spectacle" à la plage des Falaises, entre Jijel et Kherrata le 22 mai [4]. Peu à peu la plupart des prisonniers dont mon père, dans un geste d’apaisement, furent libérés. Ce fut un autre homme qui nous revint de la Prison civile de Bejaia.
    "C’est désormais la fin de la “poulitique”, ne cessait-il de marmonner, la fin des “assimilationnistes”, des intégrationnistes”, des "rattacheurs" de l'Algérie à la France. Nous ne déploierons plus de drapeaux dans
    les manifestations et nous faire massacrer. Ce sera désormais une autre forme de lutte, une lutte sans merci. "Ils concluaient, selon un euphémisme savoureux de De Gaulle, "que leur libération ne viendrait pas par la voie légale"[6]
    Deux ans après, le premier groupe armé, l'Organisation spéciale (l'OS) fut structuré à l’échelle nationale. Et sept ans après commença à sonner le glas du colonialisme en Algérie. Mon père fut emprisonné de nouveau dès le 3 novembre 1954, à la même Prison civile de Bejaia,puis à Saint-Maurice l'Ardoise et enfin à la prison de Berrouaghia jusqu'à la fin de la guerre.
    Pour ma part, le spectacle des tortures infligées à mon père, en 1945, lorsque j'avais 7 ans, associé aux vertus de la résistance armée, à l'amour de la Patrie, à la fierté d'être algérien qu'il m'inculqua dès l'enfance m'amenèrent à prendre les armes contre l'occupant à l'âge de 19 ans. J'eus ainsi l'extraordinaire privilège de servir durant près d'un an
    sous les ordres d'un héros hors du commun, le colonel Amirouche.

    Un forgeron et le 8 mai 1945 hamou amiroucheHamou Amirouche,auteur de l'ouvrage AKFADOU : Un an avec le colonel Amirouche.
    =======================================
    1. Henri Alleg, Henri Alleg, La Guerre d'Algérie, T.I, Temps Actuels,Paris 1981 p. 258.
    2. Ali Habib, "Mai 1945 : répression à Sétif" dans La Guerre d'Algérie,"Le Monde et Librio" Paris: 2003 p.18.
    3. La Guerre d'Algérie, 1954-1962, Librio, Le Monde, Op.cit. p.19.
    4. La Guerre d'Algérie, Librio, Le Monde, Op.Cit. p. 19
    5. Ibid. p.19.
    6. Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, le Renouveau, 1958-1962 Plon 1970 p. 18


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