• Zabana, aux origines de la bataille d'Alger

    Ahmed Zabana, aux origines de la bataille d'AlgerRobert Lacoste avait refusé la grâce. Le 19 juin à l'aube, une affichette blanche fut collée sur la porte d'acier de la prison de Barberousse. C'est un boulanger de la Casbah qui de son magasin aperçut le premier l'affiche dégoulinante de colle. Il savait que cela signifiait qu'une exécution capitale aurait lieu dans la journée. Il traversa le boulevard et lut:
    «Zabana Ben Mohamed et Ferradj Abdelkader, condamnés à mort par le tribunal militaire, seront exécutés à la prison de Barberousse le 19 juin 1956. »
    Lacoste venait de céder à son opinion publique. S'il voulait réussir ses réformes, s'il voulait faire avaler le collège unique aux Européens qui ne voulaient pas l'accepter, il devait se montrer ferme et faire exécuter quelques condamnations à mort décidées par le tribunal militaire et réclamées par la population européenne.

    Dès que la décision avait été prise, Monseigneur Duval, archevêque d'Alger, le président du Consistoire, le grand mufti, le pasteur de l'Église réformée avaient rendu visite au ministre résidant pour le prier d'user de son droit de grâce.

    Le sang appelle le sang, avaient-ils expliqué. Les rebelles allaient se venger. En outre, Zabana Ben Mohamed fait prisonnier lors d'un accrochage le 8 novembre 1954 dans la première semaine de la rébellion, avait été blessé au cours du combat. Touché à une jambe, le bras gauche fracassé, une troisième balle était entrée dans la tempe et était ressortie par l'œil gauche.
    « C'est un infirme que l'on va exécuter », avait dit Monseigneur Duval.
    Mais Robert Lacoste était resté inflexible. Le deuxième condamné à mort, Ferradj Abdelkader, avait-il répondu, est un goumier déserteur, il avait participé au sein du commando Ali Khodja à l'embuscade de Sakamody au cours de laquelle, le 25 février 1956, un car de touristes et deux voitures particulières avaient été mitraillés. Six hommes, une femme et une petite fille, âgée de sept ans, avaient été massacrés. Un autre enfant blessé avait dû être amputé d'une jambe.
    Robert Lacoste avait refusé sa grâce. On disait que son épouse avait été bouleversée par la décision et était bourrelée de remords. Mais il avait envoyé sa décision au directeur de la prison.
    «C'est l'engrenage, avait murmuré Lacoste. Mais si je veux réussir le plan fixé, je ne dois céder ni aux menaces des Européens ni aux représailles du F.L.N.»
    Lorsque les bois de justice furent montés dans la cour de la prison, à la Casbah, où s'élevait Barberousse, se figea. Les cris des prisonniers, les chants qui s'élevaient de toutes les cellules, glacèrent le quartier indigène. A 18 h 35, après que Zabana Ben Mohamed, tourné vers les fenêtres des cellules, eut demandé pardon à tous ceux à qui il avait pu faire du mal dans sa vie, le couperet tomba sur le cou du deuxième condamné à mort.
    Le boulanger du boulevard entendit alors une voix de stentor qui hurlait en arabe :
    «Nous te suivrons sur Péchafaud, mais qu'importe! avec nous ou sans nous, l'Algérie sera libre.»
    Le premier you-you fit sursauter le boulanger. Il sortait de la gorge de sa femme qui pleurait. En un éclair, il fut repris par toute la Casbah qui éclata en roulements perçants. Les zouaves du capitaine Sirvent, bloquaient les issues du quartier maure. Dans chaque poste les hommes gardaient le doigt sur la détente pour empêcher qu'une éventuelle manifestation de représailles ne déferlât sur la ville européenne.
    Une heure après l'exécution, Abane et Ouamrane décidèrent de passer à l'action. Depuis la campagne de presse demandant l'exécution des condamnés, campagne qui avait trouvé un écho favorable dans toute la population qui réclamait une politique de fermeté de la part du gouverneur, Abane, Krim et Ouamrane avaient décidé que si la menace était mise à exécution il y aurait des répercussions sur la population civile. Abane avait écrit avec Ben M'Hidi un tract disant notamment : «Toute exécution de combattants entraînera des représailles. Pour chaque maquisard guillotiné, 100 Français seront abattus sans distinction.»
    «L'heure est venue, dit Abane à Ouamrane, il faut absolument acculer le gouvernement français à considérer les hommes du F.L.N. comme des combattants et à les traiter comme tels.
    — Ce qui est incompréhensible, répondit Ouamrane, c'est que Zabana Ben Mohamed et Ferradj aient été exécutés par les Français au moment où Ben M'Hidi, de retour du Caire, nous annonce que des contacts sont en préparation entre M'hamed Yazid, Khider et des représentants de Guy Mollet. C'est un drôle de climat pour essayer de s'entendre.
    — Tu sais, il y a une politique à Paris et une autre à Alger. Nous sommes à Alger et on doit réagir.» lance Abane.
    A 20 heures, Bouchafa reçut l'ordre de mobiliser ses troupes et de passer à l'action individuelle, Ouamarane précisa :
    «Descendez n'importe quel Européen de dix-huit à cinquante-quatre ans. Pas de femmes, pas d'enfants, pas de vieux. Les actions commenceront le 20 juin à 18 heures. »
    Yacef Saadi reçut le même ordre pour le 21 juin. Cent éléments armés devaient semer la terreur à Alger.


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  • Commentaires

    1
    M
    Mardi 22 Mai 2012 à 07:21

    La violence entraine la violence.


    L'injustice entraine la violence.


    La spoliation des biens entraine la violence.


    L'humiliation entraine la violence.


    La colonisation, génératrice de tous ces maux, entraine LA VIOLENCE.

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