• Ben Boulaïd brave fils de la mythologie Chaoui

     Ben Boulaïd brave fils de la mythologie ChaouiConnaitre l'histoire de la légendaire opposition des tribus ennemies serait d'un grand secours pour celui qui, en novembre 1954, analysera la situation dans l'Aurès et se posera la question : « Pourquoi, dans l'Aurès, une fraction importante de la population soutient-elle spontanément un mouvement de rébellion qui s'est décidé dans le grand secret, alors que le reste de la population algérienne semble stupéfait ? » Il fallait être chaouï ou s'intéresser à sa vie pour connaître l'histoire de la belle Aïcha Tabahoult.

    On l'appelait aussi Aïcha la Folle. Elle vivait dans la région qui s'étend entre l'oued el-Abiod et l'oued Abdi en plein centre de l'Aurès. Au cours d'une de ses promenades solitaires elle trouva un œuf qu'elle garda. II en sortit un petit serpent. Au lieu de le tuer elle l'épargna et alla le cacher dans une anfractuosité du rocher. Mal lui en prit car le serpent devint un dragon qui terrorisa les douars d'alentour, tuant les hommes qui s'attaquaient à lui, décimant les troupeaux. Les habitants s'inquiétèrent et décidèrent de le traquer de toutes parts. L'expédition réussit et le dragon fut terrassé. On entassa des branchages sur son corps répugnant et on y mit le feu pour le faire disparaître à tout jamais. Le dragon grilla mais la graisse de l'animal se répandit. Les abeilles, qui pullulent dans l'Aurès, vinrent la butiner. Et les habitants furent embarrassés ne sachant que faire du miel sauvage qu'ils trouvaient. Ils n'osaient le consommer comme jadis, ayant peur qu'il ne fût empoisonné par la graisse de l'animal maudit. « Il faudrait que l'un d'entre nous se dévoue pour le goûter... » Mais personne ne se décidait. Alors quelqu'un proposa : « On va l'essayer sur Bourek. » Et tout le village applaudit. Bourek — l'éclair ou le béni — était un pauvre vieillard aveugle. « S'il meurt, ce ne sera pas une perte », dirent les habitants du douar avec le mépris des Aurésiens pour l'homme en état d'infériorité physique.

    On donna le miel à l'aveugle. Celui-ci, inspiré par Allah, s'en passa sur les yeux. Et — miracle ! — recouvra la vue. Il demanda de nouveau du miel. Cette fois, il en mangea et, devant le village terrorisé, commença à rajeunir à vue d'œil. Ses cheveux repoussaient, ses rides s'estompaient. Le miel était une véritable jouvence. Bourek recouvra ses forces et se dressa, terrible, devant le village.

    « Vous êtes des misérables, accusa-t-il, vous avez voulu me faire périr. Je vous réclame la diya, le prix du sang ! » Les habitants du douar baissaient la tête. « La diya, tonna Bourek, pour moi ce sera la belle Aïcha. »

    Et Bourek s'installa dans un village près de l'oued Abdi. Des enfants naquirent de cette union avec Aïcha la Folle. Ils constituèrent la souche de la tribu des Ouled-Abdi. Puis Bourek, qui avait recouvré la force de ses vingt ans, répudia Aïcha et épousa une plus jeune fille, Touba. Il quitta le village et se fixa sur les rives de l'autre oued qui coupe le cœur de l'Aurès, l'oued el-Abiod. De l'union de Bourek avec Touba naquirent d'autres enfants que l'on appela les Touabas et qui formèrent tribu. Les Ouled-Abdi et les Touabas s'installèrent de part et d'autre de l'anticlinal du Lazereg et les demi-frères se vouèrent une haine farouche qui se transmit de génération en génération. Les tribus devinrent séculairement ennemies, contribuant à faire de l'Aurès une zone traditionnelle d'insécurité où chaque homme garde son fusil à portée de la main. En 1954, la haine des Ouled-Abdi pour les Touabas était toujours aussi tenace. Mostefa Ben Boulaïd était un pur Touaba et l'un des membres les plus écoutés de la tribu. Ce qui expliquait en partie combien le chef rebelle était si sûr de la plupart de ses hommes.

    Mais qui, en juillet 1954, encore moins aujourd’hui aurait cru à cette histoire à dormir debout ?


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