• Ben M'hidi, un diamant dans les filets des paras

    Ben M'hidiL’arrestation de Larbi Ben M’Hidi, l’un des six Fils de la Toussaint qui avaient donné le coup d’envoi de la révolution le 1er novembre 1954, eut un retentissement extraordinaire. Les paras étaient parvenus à la tête de l’organisation rebelle.

    Ben M’Hidi et Hamida furent présentés à la presse dans la villa d’Hydra, P.C. de Bigeard. Ben M’Hidi avait les poignets et les chevilles entravés par des menottes alors que Hamida avait la liberté de ses mouvements. Celui que Bigeard appelait à juste raison « l’âme de la révolution » avait promis à ses gardiens de s’échapper à la première occasion. Un petit sourire flottait sur son visage. Les deux hommes furent livrés pendant cinq minutes aux flashes des photographes, puis regagnèrent leurs cellules.

    Depuis qu’il s’était lancé à fond dans la « bataille d’Alger », Bigeard avait réuni tous les renseignements possibles sur les chefs du C.C.E. Il connaissait la ruse et le courage de «l’ancêtre des maquisards» Krim Belkacem, la culture et la sagesse du pharmacien Ben Khedda, l’habileté de Saad Dahlab. Mais il était fasciné par la personnalité des deux «politiques»: Abane et Ben M’Hidi. Les papiers saisis, les renseignements fournis au cours d’interrogatoires lui avaient permis de se faire une idée d’Abane, violent, coléreux mais organisateur politique hors de pair. Mais c’est Ben M’Hidi qui l’intéressait le plus. Il retrouvait dans ce qu’on lui disait de ce jeune chef toutes les qualités, tout l’idéalisme, toute la «vertu» qu’il avait trouvés chez celui devant lequel -à l’autre bout du monde- il avait dû s’incliner: Hô Chi Minh.

    Bigeard, qui était un des rares militaires à avoir compris la guérilla et ses principes savait que Ben M’Hidi était à l’image du grand idéal qu’il symbolisait. Et le chef français avait de l’estime pour son adversaire. Ben M’Hidi avait vécu parmi les maquisards du djebel, puis au cœur du maquis urbain, dans la Casbah. Bigeard lui-même vivait la même vie monacale que Ben M’Hidi, toujours parmi ses troupes. Il savait qu’un chef révolutionnaire «ne peut tirer son autorité que par les vertus qu’il incarne et qui sont justement celles que l’on désire voir triompher», comme il l’écrira plus tard.

    Et les deux hommes eurent de longues conversations. Ben M’Hidi ne fut pas torturé "au moins au P.C. de Bigeard". Il y eut même un fort courant de sympathie entre les deux combattants. Ben M’Hidi expliqua à Bigeard ce qu’était la guerre révolutionnaire: «Pure, universelle, longue et dure.»

    Même prisonnier, le jeune chef révolutionnaire triomphait : «La guerre couvre l’ensemble du territoire algérien et se fait dans tous les domaines; elle marque de sa profonde empreinte l’existence de chacun.»

    Bigeard le constatait tous les jours, lui qui avait appliqué la contre-méthode: «Puisque chacun apporte sa contribution à la guerre populaire, chacun sait quelque chose et il doit nous le dire... »

    Le colonel français retrouva chez Ben M’Hidi l’absence de considération morale, quant aux moyens employés pour obtenir la victoire, qu’il avait constatée chez Hô Chi Minh, qu’il avait apprise aussi.

    Ben M’Hidi lui avoua être écœuré de l’emploi de la bombe contre des femmes et des enfants innocents...
    « Mais je l’utilise, ajouta-t-il, parce que je l’estime nécessaire pour le triomphe de la cause... et une bombe est préférable à un long discours. »

    Les deux adversaires évoquèrent aussi les buts de la guérilla: briser le moral, l’esprit combatif et l’efficacité militaire de l’adversaire. Dans la contre-guérilla, Bigeard poursuivait les mêmes buts.

    «Mais en Algérie, ajouta Ben M’Hidi, vous devez faire trop de choses pour pouvoir gagner. Nous, nous détruisons les petites unités, nous attaquons les lignes de ravitaillement et les points sensibles, nous détruisons les propriétés en terrorisant certains. Alors que vous dispersez vos forces pour protéger tous ces points à la fois.»

    Les rapports d’estime entre ces deux hommes que sont Bigeard et Ben M’Hidi paraîtront tout à fait fantaisistes à ceux qui ne veulent voir un problème qu’avec une orientation particulière. Que ceux-ci méditent ce qu’écrit Bigeard, alors que la propagande française s’efforce de prouver que la population ne suit le F.L.N. que sous l’emprise de la terreur: «Ces actions sont d’autant plus efficaces qu’elles s’accompagnent d’une intense propagande destinée à faire participer par la crainte, parfois, plus souvent, la persuasion et l’enthousiasme, toute la population au combat.»

    La dernière de ces conversations eut lieu dans la nuit du 3 au 4 mars 1957. Pour la première fois au cours de cette guerre, le magnifique soldat qu’était Marcel Bigeard avait trouvé son alter ego. Les deux hommes parlèrent une grande partie de la nuit. Ils discutèrent de pair à pair.

    Une dernière fois, Ben M’Hidi parla à cœur ouvert de la révolution, de son évolution, du résultat qui ne faisait pas de doute. Il laissa même entendre à Bigeard qu’il souhaitait disparaître avant la fin du combat tant il était sûr de l’issue victorieuse pour son peuple mais tant -aussi- il redoutait les méfaits de la « politicaille ».

    Une dernière fois touché par cette confidence faite d’homme à homme, Bigeard eut de la sympathie, du respect même pour un adversaire à sa taille. Un homme qui ne se laisserait jamais tourner. Même par les siens. Un homme « irrécupérable ».

    Bigeard apprit que Ben M’Hidi avait été fusillé à l’aube. Avant sa mort, on lui avait présenté les armes. Le peloton avait rendu les honneurs militaires à sa dépouille. Ben M’Hidi était mort en seigneur.

    Saura-t-on un jour qui donna l’ordre de l’exécuter? Oui, Paul Aussarésse... Même si les conditions de sa liquidation ne feront pas l'unanimité.

    Marcel bigeardLe colonel Bigeard tint à expliquer le courant qui était passé entre son adversaire et lui-même. Le respect qu’il portait à sa mémoire. Mais tout cela, c’étaient de beaux sentiments -et la politique menée ne pouvait s’embarrasser de beaux sentiments. Ben M’Hidi était l’un des chefs felagas, on ne pouvait raconter à la presse- de droite ou de gauche -les conditions réelles de la mort de Ben M’Hidi. Michel Gorlin avait fourni une explication plausible aux journalistes.

    «Messieurs, Ben M’Hidi Larbi s’est pendu dans sa cellule avec des lambeaux de sa chemise.»

    Telle fut la version officielle de la mort du chef F.L.N.

    Selon leurs opinions, les uns trouvèrent que «ce salaud n’avait même pas eu le courage d’affronter ses juges». Les autres échangèrent des sourires entendus, bien persuadés que Ben M’Hidi était mort sous la torture entre les mains des parachutistes.


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  • Commentaires

    1
    bonoisannabi1
    Mercredi 10 Octobre 2012 à 18:55

    it que la victoire se dessinait rabi yarhmou,c etait le pere spirituel de la revolution;il a tout tracer et savait que la victoire se dessinait et que l occupant ne tardera pas a plier bagages.il ne voulait pas attendre l independance c est cela le vrai choix des grands hommes

    2
    DRALLIB
    Mardi 30 Octobre 2012 à 11:06

    Je suis toujours un peu surpris et gêné quand je vois des éloges faits à Bigeard...N'oublions pas qu'il a incité à l'utilisation de la Torture. Et au cas particuler qu'il a laissé assassiner Larbi Ben M'Hidi...

    3
    Mardi 30 Octobre 2012 à 11:18

    se ne sont pas des éloges faits à Bigeard... mais un témoignage au sujet des derniers instants de Ben M'hidi... en suite... la logique veut que nous étions en guerre et non dans une histoire d'amitier... essai d'imaginer une seconde Bigeard entre les mains de l'ALN... t'aura une idée de la chose... l'estime qu'a eu ce militaire francais au "Hakim de la révolution algérienne" témoigne de sa grandeur... et sa dimention... et son courage hors-paire...

    4
    DRALLIB
    Mardi 30 Octobre 2012 à 14:30

    Merci Aziz, pour ton avis.

    J'en profite pour te rappeler l'existence d'un autre grand officier de l'armée française, Jacques Pâris de Bollardière. lequel s'est opposé à la torture.
    Durant l'été 1956,désireux d'encadrer les rappelés mal préparés à servir en Algérie, il s'est porté volontaire pour y être muté.
    Dans l'impossibilité d'empêcher les crimes il a dû demander à être relevé de son commandement.
    ll tint à faire connaître aux français ce qui était commis en Algérie en leur nom en publiant une lettre dans l'Express du 27 mars 1957 où il s'inquiète du risque de perdre de vue, "sous le prétexte fallacieux de l'efficacité immédiate les valeurs morales qui, seules, ont fait jusqu'à maintenant la grandeur de notre civilisation et de notre armée".
    Il est sanctionné par 60 jours de forteresse pour "atteinte à l'honneur des troupes qu'il avait sous ses ordres". Les autorités militaires voulaient même le chasser sans olde de l'Armée...

    5
    massyl1
    Jeudi 1er Novembre 2012 à 22:32

    La position de de la Bolallrdière très audacieuse, courageuse et respectable , ne doit en aucun cas faire de l'ombre aux crimes de Massu, Bigeard, Ausaresse et beaucoup d'autres depuis 1830 à 1962.

    6
    DRALLIB
    Vendredi 2 Novembre 2012 à 08:31

    Tout à fait d'accord! Je voulais l'évoquer pour démontrer à cette occasion que le pouvoir politique de l'époque et l'Armée était totalement inféodés au pouvoir colonial.

    7
    ab
    Jeudi 26 Septembre 2013 à 12:11

    que dieux les recuille en son vaste paradie allah yarham echouhada el ouadjeb

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