• Combien de temps faudra t’il payer

    Nordine ChabaneCinquante ans d’indépendance : combien de temps faudra t’il payer aux enfants de 1962 pour cette histoire qui n’est pas la leur ?

    Par CHABANE Nordine

    Jeune combattant de l’ALN, au cauchemar de la guerre, je n’espérais pas survivre et rester en vie jusqu'à l’indépendance de notre chère Algérie. 
    Invalide de guerre je n’osais pas espérer rester vivre jusqu’au cinquantenaire de l’indépendance de notre cher pays.

    Durant ces cinquante ans, comme sur le champ de bataille, j'ai vu mes amis de lutte, mes frères de combat partir un à un.
    Parmi ceux qui restent aujourd’hui, beaucoup respirent mal et grâce à des appareils ; d’autres insomniaques ne dorment plus. Certains ont perdu la vue et ne voient plus rien. D’autres ont perdu la voix et ne parlent plus… 
     
    " Tout homme dévoué à son pays doit payer à sa patrie son tribut de patriotisme; en lui disant tout ce qu'il croit en sa conscience , être la vérité (Sully) " alors je dit : Puisque, pour moi, le grand départ n’est pas encore arrivé et que j’ai, encore, toute ma lucidité, je me sens l’obligation du devoir de dire, d’écrire et de rappeler : notre lutte de libération a été arrachée aux prix de grands sacrifices ; tout ce qui a été écrit à ce jour, est insuffisant pour rapporter ce qu’à était le cauchemar réel de notre combat de libération auquel la France, puissance mondiale de l’époque nous a opposé une guerre infernale de maintient colonial dont les générations d’après 1962 payent encore les conséquences.
     
    Cependant, là guerre étant finit, ils nous auraient fallut construire la paix. Et la construire sur un socle solide. Et qu’avons-nous fait, Algériens et Français s’entend ? L’Algérie : aucune terre africaine n’est plus proche de la France. 
    Et pourtant, tout reste si compliqué. Combien de temps faudra-t-il, encore, pour pouvoir dire « france-Algérie : tout simplement » ? 
    Le Moment est venu de tirer les conclusions pratiques d’un demi-siècle d’études des problèmes d’entre les deux pays.
     
    Qu’en est-il des accusations de plus de 400 associations de harkis dirigées contre l’Etat Algérien sur les « massacres des 150.000 algériens qui sont restés fidèles à la France » ? 
    Si l’on en croit  l'ex-Président de la mission nationale de réflexion sur les harkis et auteur de « La France honteuse, le drame des harkis » (Abdelaziz Méliani, éditions Perrin, 1993), quelque  290.000 personnes ont choisi le camp de la France, dont 62.000 harkis à proprement parler. Dans ce cas, on mesure aisément le poids des pressions de milieux politiques français sur l’Etat-Algérien, du moment que la page noire est mal tournée. 
     
    La Guerre du maintient colonial français a été l’une des guerres les plus atroces. L'indépendance de l'Algérie ne pouvait se réaliser sans problème, surtout qu’elle se présentait comme l’ultime étape de la débâcle de l'empire colonial français. 
    De 1954 à 1962, c’est-à-dire en moins d’une décennie, la France a été privée de ses colonies, en Indochine, en Afrique noire et en Afrique du Nord. 
    La décolonisation de l’Algérie, allait-elle s’accompagner d’un processus de reconnaissance des crimes commis par le pays agresseur, de leurs dénonciations et des sanctions des dirigeants politiques ayant donné le feu vert pour les délits exercés contre le peuple d’« indigènes » qui voulait son indépendance ? 
    Hélas non ! Car parmi les responsables de l’époque coloniale et qui sont encore vivants, certains se sont reconvertis en personnalités historiques… 
    Pour ce qui est des harkis, des milliers d’entre eux, accompagnés de leurs familles, seront empêchés par les autorités françaises d’embarquer sur les bateaux pour rejoindre la France. Des écrits incriminent le général De Gaulle qui était, dit-on, réticent au transfert de cette catégorie de la population, par crainte de « la perte d’identité » de la République française ou pour d’autres calculs. D’autres, en revanche, reprochent aux Français de la Métropole de se donner bonne conscience, en se suffisant des accords d’Evian, alors que la situation était devenue incontrôlable à l’époque, par la faute des ultras de l’OAS ayant provoqué les militants du FLN et d’Algériens tout court, y compris parmi les plus intolérants. 
    Que pouvait-il arriver aux harkis restés en Algérie, sinon se faire pardonner, acheter leur silence grâce à des complicités (on parle même d’achat de cartes de moudjahid) ou affronter la vengeance de leurs victimes, dans une Algérie meurtrie et déstructurée
    ? 
    Quant aux « rescapés musulmans » qui ont pu rejoindre la France, ils seront, pour la plupart, parqués dans des hameaux de forestage, loin des yeux, loin des villages et des autres lieux de vie. Certains harkis vont vivre dans ces cantonnements d'urgence jusqu'en 1975, et remâcher leur rancune en la transférant sur leur pays d’origine qu’ils ne reverront peut-être plus et en transmettant leur mal de vivre à leurs descendants. 
     
    Alors que l’Etat Algérien a annoncé que les enfants de harkis n’ont rien à voir avec les choix de leurs parents, qu’ils peuvent vivre sur le sol algérien en tant que citoyens à part entière, la loi française du 23 février 2005 est venue réveiller les démons, sans assumer à aucun moment la lourde responsabilité de l’empire colonial dans l’émergence du phénomène de harkis, mais également dans l’adoption de la loi Crémieux et autres textes visant la division de la population autochtone.
    La guerre d’Algérie pour les uns, la lutte de libération pour les autres, n’a pas fini de faire parler d’elle, tant les séquelles sont béantes, les passions envenimées, les contentieux lourds et les tabous souvent entretenus. 
     
    La réconciliation et la normalisation des relations sont plus que jamais nécessaires entre Alger et Paris. Mais, il n’est pas certain qu’elles soient facilitées par le décalage d'opinion sur le passé colonial français et les idées de l’extrême droite présomptueuses. La levée des incompréhensions et l’accomplissement de la refondation des rapports entre deux Etats souverains, exigent encore et encore de créer des passerelles et des liens solides pour que soit effectives dans nos rapports l’amitié et la solidarité, que nous impose l’histoire. 
     
    Le Président Bouteflika a, le 6 juillet 1999 à Constantine rappelé « que la culture et l’histoire algériennes avaient une part sinon française, tout au moins francophone. »
    Les temps sont donc venus pour que nous fassions, de chaque côté de la mer qui nous unit, le travail de mémoire et notre devoir d’historiens. Nous devons nous mettre à réfléchir ensemble sur notre histoire commune par-delà les douleurs, les plaies non cicatrisées, les ambiguïtés, pour aller de l’avant.
    Mais le chemin qui reste à parcourir est ardu car le contentieux réel et imaginaire est lourd : il nous faudra surmonter beaucoup d’obstacles dont le principal est en nous-mêmes. « El khir fina, oua char fina - le bien est en nous et le mal est en nous ».
    En effet, par-delà l’histoire propre à l’Algérie et à la France, chacun à la sienne. L’histoire algéro-française et franco-algérienne est fondée sur deux balises
     difficilement franchissables : l’amnésie et l’amnistie. Chacun des deux pays a oublié ou amnistié ses propres fautes ou erreurs et glorifie les aspects inverses des éléments du Contentieux commun : on peut prendre des dizaines d’exemples tous plus douloureux les uns que les autres, symboles de cette horreur à laquelle nous étions parvenus. Les Algériens ont eu Abane Ramdane, et son assassinat par ces compagnons d’armes. Les Français ont eu Jean Moulin, et le même débat sur les responsabilités des uns et des autres dans la résistance. Nous avions nos harkis, ils ont eu leurs collaborateurs. La puissance Française de l’époque nous a fait une guerre injuste et nous sommes passés à la violence au nom même des principes que la France proposait au monde entier. Mais nous n’avons pas réussis à transformer notre victoire : Notre pays l’Algérie fut d’abord décrétée islamo-socialiste avant de sombrer dans le clientélisme.
    La France maintenait sa pression en continuant les expériences nucléaires au Sahara puis, en dépit de la récupération des ressources naturelles et surtout des hydrocarbures, la pression internationale soumettait l’Algérie à la loi du marché. Aussi la crise sociale et économique, due en grande partie au mauvais partage des richesses et à l’absence de démocratie, provoqua une émigration massive vers l’Europe de chômeurs sans espoir, qui faisait tout pour sortir du pays. La France, après avoir largement tiré bénéfice du travail des émigrés, finit par avouer qu’elle ne pouvait accueillir toute la misère du monde, confrontée qu’elle était à des problèmes de plus en plus insolubles. 
    Puis la violence réapparut en Algérie sous la forme répressive, d’abord contre la revendication du pluralisme à travers le berbérisme, puis contre la jeunesse d’Alger d’où d’ailleurs octobre 1988. Les islamistes qui étaient au travail dans la société civile depuis plusieurs décennies prirent alors le relais politiquement et par la suite violemment, portant même leurs coups jusqu’en France, accusée de soutenir le régime militaire. 
     
    Pour les gens de ma génération, l’histoire se reproduisait dramatiquement et accentuait encore un peu plus l’incompréhension réciproque. Il faut maintenant se résoudre à regarder en face l’avenir : Le passé est mort mais, qu’il est dur à enterrer, sans déshonorer les morts et tous ceux qui ont souffert des deux côtés de la rive. 
    Les scientifiques (historiens, sociologues, et politologues) français et algériens ont déjà bien amorcé ce travail nécessaire : Les cinéastes, les romanciers, écrivains francophones ou arabophones ont diffusé, eux aussi, de nombreux témoignages. Ce qui me choque tient au décalage entre ces travaux pertinents et positifs et les fantasmes, les illusions, les méconnaissances qui continuent à être véhiculés par les médias des deux côtés. Les Algériens et les Français “zappent”, des millions d’entre eux habitent réellement des deux côtés de la Méditerranée et la connaissance mutuelle et réciproque progresse seulement au ralentit. Sans doute parce que la douleur n’est pas encore surmontée. 
    Comment pourrais-je oublier le massacre de toute ma famille, revendiquant l’indépendance de l’Algérie. Comment puis-je oublier la mort suspecte de mes amis Français qui n’avaient rien de colonialiste? 
     

    Peut-être faut-il que toute notre génération disparaisse pour que la norme soit banalisée entre nos deux pays ? 

    A ce niveau du constat, il nous faut construire de nouvelles relations Méditerranéennes. Et pour cela rappeler tout ce que nous avons en commun et non pas ce qui nous divise, sans oublier ce qui nous a divisés. C’est en assumant la totalité du passé que nous pourrons donner à nos enfants une vie de paix dans l’équilibre et le respect. Mais la vraie amitié entre les peuples exige que l’on abandonne la langue de bois et que l’on se dise tout ce qu’on a sur le cœur. 
    L’Emir Abdelkader, qui est le plus grand héros de notre histoire, disait : 
    La miséricorde universelle découle de la présence du Clément : Al-Rah’mân.”
     

    Al Rah’man, nous indique que rendre la haine par la haine la multiplie, ajoutant de l’obscurité à une nuit déjà dépourvue d’étoiles. Les ténèbres ne peuvent dissiper les ténèbres – seule la lumière le peut. La haine ne peut dissoudre la haine – seul l’amour le peut. La haine multiplie la haine, la violence multiplie la violence, et la brutalité multiplie la brutalité dans une spirale de destruction sans fin. L’amour est la seule force capable de faire d’un ennemi un ami. Jamais nous ne triompherons d’un ennemi en rendant la haine pour la haine. Nous triomphons d’un ennemi en triomphant de l’inimitié. De par sa nature même, la haine déchire et détruit ; de par sa nature même, l’amour crée et construit. L’amour transforme par sa puissance de rédemption.

    Nous devons développer et nourrir notre capacité à pardonner. Quiconque est dépourvu d’une telle aptitude est dépourvu de la capacité d’aimer. On ne peut commencer à aimer si l’on n’a pas d’abord compris la nécessité de pardonner, encore et toujours, à ceux qui nous font du mal.
    Il est tout aussi nécessaire de prendre conscience que l’acte de pardonner doit être l’initiative de celui à qui l’on a fait du tort, de la victime profondément blessée, de l’opprimé. L’auteur peut faire un cheminement intérieur, prendre conscience de son acte, et ressentir au fond de son cœur un immense désir d’être pardonné, et demander à être pardonné.
    Pardonner ce n’est pas forcément oublier. Pardonner ne signifie pas ignorer l’offense, ni camoufler d’une étiquette trompeuse un acte répréhensible. Pardonner signifie plutôt que le méfait n’est plus un obstacle à la relation. Le pardon est le catalyseur qui crée les conditions nécessaires à un nouveau départ. Qui permet qu’entre le nécessaire pardon et l’apologie de la haine, " l’être pourra surmonter les traumatismes pour établir des rapports d’amitié. 
     

    Le traité d’amitié Franco-Algérien 

     Les événements que les banlieues « difficiles » et que de nombreuses villes françaises ont connus durant les années écoulées ont été, en réalité, une preuve supplémentaire de ce que le fait colonial reste un fait très complexe. Il ne saurait être réduit à une simple domination, puis confrontation, plus ou moins dramatiques, entre le colonisateur et le colonisé - avec un inévitable affranchissement en perspective - mais produit aussi des défis auxquels il faudra, de part et d’autre, faire face pendant des générations.  

    A-1) La formule du traité 

    Il est sans doute inutile de s’attarder sur le fait que les Présidents Algériens et Français veuillent inscrire leur nom dans l’histoire, à l’instar de Charles De Gaulle et du chancelier Konrad Adenauer qui, en 1963, ont conclu le Traité de l’Elysée. En effet, un Chef d’Etat n’a-t-il pas le droit de vouloir inscrire son nom dans l’histoire de son pays ? N’est-il pas justement censé le faire ? Cependant, la comparaison entre les deux événements devrait sans doute s’arrêter là. 
    En revanche, ce qui devrait inciter à la réflexion c’est plutôt la pertinence de l’initiative. Même si l’on consent à ce qu’une amitié entre deux pays puisse faire
     l’objet d’un traité (étant entendu qu’une amitié normalement ne se prête guère à ce genre d’exercice), ne faudrait-il pas dans ce cas d’espèce faire précéder le traité en question par un traité de réconciliation ? Surtout à un moment où, justement, nous nous attachant à faire de la réconciliation nationale (avec certainement des répercussions outre-mer) la clef de voûte pour assurer à l’Algérie la stabilité politique et la relance économique. La logique voudrait donc que l’on mette à plat un certain nombre de problèmes liés à un passé commun bien lourd avant de se déclarer amis et définir ensemble et sur le même pied d’égalité dans la mesure du possible, la nature des « relations exceptionnelles » que les gouvernements des deux pays semblent appeler de leurs vœux. 
    Même si la revendication de reconnaissance relative au méfait coloniale - que l’Algérie attend de la France - survient avec intensité et quelques retards, elle n’en est pas moins légitime du point de vue politique et même du point de vue méthodologique. Il est certain qu’en l’absence d’une réconciliation franche, les spectres du passé continueront de hanter les relations entre les deux pays pour les empêcher de se développer normalement. Après tout, n’a-t-on pas demandé pardon aux juifs au nom de la France tout en sachant que c’est le gouvernement de Vichy, c’est-à-dire celui de la capitulation, qui a persécuté les juifs et non le gouvernement de la « France libre », triomphant et dont tout le monde en France se réclame aujourd’hui ? 
    Admettre son erreur permettrait à la France de mieux entrer dans la discussion de la colonisation, et de faire face à la tromperie des rapatriés et à l’exigence de la reconnaissance du tord formulée par les nationalistes. Alors la réconciliation sera une victoire pour les deux peuples, algérien et français. 
     

    A -2) Les perspectives du traité

    Une série de signaux nous faisaient penser que le traité n’allait pas être conclu dans les délais prévus. Et il est fort probable qu’il ne le sera pas encore, tant le contentieux est lourd et les blessures profondes. Ce qui est surprenant, c’est qu’au moment où un début de changement dans l’attitude de l’opinion publique algérienne - notamment dans la jeunesse - se dessine dans le sens d’une compréhension plus rationnelle de l’histoire du pays, nous assistons en France à un retour en force des « nostalgiques de l’Algérie française » qui vont jusqu’à ériger des plaques commémorant l’action de la frange la plus extrémiste des « pieds-noirs ». Ceux-là mêmes qui ont opté pour la politique du sang et de la terre brûlée, c’est-à-dire la politique du désespoir. Même si le maire de Paris a, de son côté, pris sur lui d’ériger une plaque rendant hommage aux victimes algériennes d’octobre 1961. 
    Côté algérien, nous observions qu’au fur et à mesure que l’échéance approchait, un changement de ton dans le discours politique officiel, caractérisé par une nette radicalisation depuis la promulgation de la loi française du 23 février 2005. Cette radicalisation est restée sans écho au niveau de l’Hexagone, hormis les quelques déclarations d’apaisement enregistrées de temps à autre. Mais comme nous l’avons noté plus haut, cette loi, aussi condamnable soit-elle, ne saurait à elle seule expliquer ce changement de ton. 
    L’explication pourrait aussi tenir à la difficulté qu’auraient les Algériens et les Français à s’entendre sur le contenu et la forme du traité. Les propos des officiels algériens ont fait comprendre que la France n’a pas encore réussi à se débarrasser de sa vision passée de l’Algérie, comme si ce pays n'a obtenu son indépendance que pour devenir tout simplement un Dom Tom. Autrement dit, la France aurait besoin d’une seconde « victoire sur elle-même ». Mais honnêteté oblige ! Il faudrait peut-être ajouter que la légèreté avec laquelle la classe politique française, a jusqu'à maintenant mis dans ses relations avec l’Algérie devrait fournir matière à réflexion de ce côté-là de la Méditerranée. Cela dit, il faut se rendre à l’évidence : des forces, aussi bien en France qu’en Algérie, tentent d’entraver la conclusion du traité, et l’ont déjà retardé, en utilisant, parfois pour des raisons tactiques ou de pure forme, pour les uns les enfants de Chouhadas en Algérie et pour les autres les enfants de harkis en France, (entre autre, car il ne faut pas oublier les extrémistes des deux pays.) Dans tous les cas, ces forces ne devraient, en aucune manière, être ignorées afin que le traité soit bâti sur des bases solides dès le départ, même si on a besoin de plus de temps.

    Parmi les forces d’entraves, nous citerons les suivantes:  

    1. En Algérie   

    1) Les rapports de force internes qui donnent une attitude officielle peu claire: l’absence de signaux probants quant à la capacité des décideurs à déterminer définitivement la nature exacte des rapports qui devraient être établis entre les deux pays, est à signaler ; 

    2) La famille révolutionnaire (dont le nombre ne cesse de croître, au lieu de diminuer), qui préfère continuer de penser que l’histoire du pays doit s’arrêter aux actes héroïques de la lutte de libération nationale. En somme, il faudrait s’en tenir à cela ! Et au lieu de s’inspirer de ce passé ô combien douloureux, elle préfère le figer, sans doute pour servir des desseins égoïstes pour l’essentiel. 
    3) Une partie considérable de l’opinion publique qui continue à regarder l’avenir avec les yeux du passé, sans s’en rendre compte peut-être. Ce que l’on pourrait qualifier de « fausse conscience » chez beaucoup d’Algériens - y compris un grand nombre d’intellectuels, malheureusement - fait qu’ils ont des attitudes souvent enfantines à l’égard de la France. Pour preuve, leur attitude vis-à-vis de la francophonie : ils ne l’ont jusqu’à présent ni refusée avec des arguments solides ni se sont résolus à y accéder comme membre à part entière. Mais entre-temps, la langue et la culture françaises demeurent bel et bien dans le pays ! 
    Enfin c’est dans cette optique qu’il faut réécrire l’histoire, il faut savoir humaniser la révolution. Il faut lutter contre le prosélytisme de la haine. La langue française, ce butin de guerre, est ce un bien ou un mal ? Il faut l’expliquer.
    Aussi nous Algériens, pour parvenir à l’expression de notre triple vérité culturelle : Historique – Humaine et Morale, il nous faut : 
    A)- Démystifier notre histoire, en traitant des tabous qui sont autant d'embuches à la bonne compréhension de notre combat de libération, par les nouvelles générations. 
    B)- Désacraliser notre lutte de libération de la mettre à la portée des nouvelles générations, pour qu’ils sachent qu’ils peuvent faire plus et mieux que nous n’avons fait pour libérer notre pays et réhabiliter la souveraineté de notre peuple, et surtout qu’ils puissent le faire sans attendre qu’un messie ne vienne le leur commander. 
    C)- Dénationaliser notre révolution, en faisant cesser son utilisation par les clans qui se succèdent au pouvoir et l’utilisent à des fins politiciennes. Comme ce fut le cas depuis l’indépendance jusqu'à ce jour. 
    Dans un Etat libre, il n’appartient ni au parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleurs intentions, n’est pas la politique de l’histoire. 
    Lorsque l’histoire aura été dite comme il se doit à la vérité, alors et seulement alors notre mode de compréhension et d’approche de la situation du pays sera celle qui provoquera le changement.
     

    2. En France 

    1) Une partie des anciens combattants du fait qu’il est humainement difficile pour une personne de découvrir, en fin de compte et au terme d’une vie, qu’elle a risqué sa vie et tué pour une cause qui était finalement injuste.
    2) Les pieds-noirs, notamment les « nostalgiques » de l’éden perdu. Mais une entente avec ceux-là n’est pas impossible même si beaucoup parmi eux portent une haine profonde (sans doute à la mesure de leur blessure) contre l’Algérie indépendante ;
    3) Les harkis à cause de leur choix (plus ou moins responsables selon le cas) et de ce qu’ils durent vivre à l’avènement de l’indépendance du pays, d’abord en Algérie ensuite en France. Leur cas révèle une véritable tragédie humaine qu’on n’a malheureusement pas su apprécier correctement ; Il faudrait développer ce sujet. 
    4) Enfin, ce qu’on pourrait appeler la « conscience de soi » française. En général, il est difficile pour un Français d’admettre que son pays ait un passé peu glorieux, surtout que ce pays est reconnu à travers le monde comme la patrie de la démocratie et des droits de l’homme. Et même - en ce qui concerne les rapports avec l’Algérie - quand les Français montrent qu’ils sont prêts à assumer leur passé, ils attendent de leur interlocuteur qu’il accepte, lui aussi, sa part de responsabilité dans ce passé, c’est-à-dire dans ce cas la reconnaissance du fait que la violence fut de part et d’autre.
    Evidemment, les pays voisins n’ont pas intérêt à ce que le rapprochement entre l’Algérie et la France ait lieu, selon les termes du traité envisagé. Eux aussi ont des intérêts à défendre auprès de la France. La question du Sahara Occidental par exemple attend toujours une solution : il est plus que probable que le Maroc essaiera d’exercer, en la matière, des pressions sur la France avec laquelle il a des relations plus amicales. 
    En guise de conclusion, et puisqu’il s’agit d’un « destin
     commun », l’Algérie et la France sont bien obligées de s’entendre un jour dans un esprit de respect réciproque. Ce qui apparaît possible, pour peu que les deux pays, fassent preuve d’un minimum de générosité et de responsabilité - comme cela est clairement exprimé dans la Déclaration d’Alger, si on veut vraiment que cette Déclaration ne soit pas une simple rhétorique. 
    Depuis quelque temps, une polémique s’est installée entre les deux pays concernant la manière d’aborder leur passé commun. Il ne s’agit nullement d’un simple jeu de mots, mais sûrement d’un enjeu politique très fort. Le gouvernement français préfère plutôt parler d’« histoire » parce que l’histoire reste toujours « ambiguë », ouverte au débat et incite au dépassement des rancœurs du passé ; tandis que le gouvernement algérien (et plus généralement l’opinion publique algérienne) préfère parler d’abord de « mémoire », c’est-à-dire la reconnaissance par l’ancien colonisateur des torts qu’il avait causés aux Algériens. 
    Bien qu’une telle reconnaissance, dûment exprimée, soit une étape importante dans la reconstruction de soi, ici et là-bas, il faudra certainement travailler sur les deux plans en même temps. S’agissant du « rôle positif » de la colonisation française, les Algériens condamnent toujours cette colonisation pour les enfumages, les emmurages et les traitements « infrahumains » qu’elle leur avait fait subir depuis le premier jour jusqu’au dernier jour de la colonisation. Mais l’on ne parle que très rarement d’un autre fait qui n’est pas à mon sens moins important. Quand la France dut quitter l’Algérie après 132 ans d’occupation, elle laissa derrière elle un peuple presque sans élites. A vrai dire, le seul « rôle positif » que la colonisation avait eu, fut de faire de l’Algérie un éden pour tout le monde sauf pour les Algériens ! Et une fois l’indépendance du pays acquise dans les drames, la France coloniale dut laisser derrière elle ce qu’elle ne pouvait point emporter dans ses cales. 
    Il reste que tout nous unit. Une mer, la belle méditerranée. Les mêmes grandes influences, depuis la préhistoire. Des civilisations proches, nourries des mêmes cultures, et mêlant les trois grandes religions monothéistes. 
    Les plus belles perspectives sont à notre portée : au dessus de la mer deux grandes économies qui s’allient, pour construire un pont entre l’Europe et l’Afrique. Un nouvel imaginaire pour le monde, ringardisant le soi-disant « choc des civilisations ».
    Nous avons une histoire commune, mais cette histoire a été violente, souvent cruelle, parfois criminelle. Beaucoup de sang a coulé, et nombre de blessures sont encore à vif. Le dernier chapitre a été celui d’une guerre des Français contre les Algériens.

    France/Algérie : ce miasme si bien entretenu devient intolérable. Combien de temps les enfants de 1962 devront-ils payer pour cette histoire qui n’est pas la leur ?  

    Il faut savoir tourner la page. Voici trois pistes qui ne ruinent pas les budgets.
    Histoire et réconciliation: Une commission d’historiens, pour, archives à l’appui, tout mettre sur la table. Et la diffusion la plus large de tout : le non-dit est notre ennemi.
    Connaissance mutuelle: Une politique systématique de jumelage : lycées, universités, entreprises, villes, hôpitaux, institutions culturelles… Il s’agit de parvenir à penser ensemble.
    Rapprochement des populations: Une politique des visas et des conditions de séjours qui permette d’aller au plus vite vers un espace de libre échange, par la mutualisation des richesses. 
    Le propos n’est pas de nier le passé, mais de le dépasser.
    Dans la vie de tous les jours, nombre de Français et d’Algériens entretiennent les relations les plus simples, se retrouvent avec joie, et construisent des projets. Nous devons nous organiser pour que cela devienne l’affaire des peuples, et des Etats.  

    Après plus de cent trente ans de colonisation, voila un demi-siècle d’indépendance, devons nous attendre 130 autres années pour se rendre à l’évid


    Par CHABANE Nordine, Ancien Moudjahed, membre ALN et fils de chahid, journaliste et auteur de (Guerre d'Algérie et lutte de libération Tome I & II). 

    Contacter l'auteur:chabane.nordine@yahoo.fr 

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