• Aurès deviens Aurès-Némemchas

    Aurès deviens Aurès-Némemcha

    carte NememchaCarte: Les Némemchas*

    Profitant de son long périple vers l'Orient, Mostefa Ben Boulaïd accompagner de Amor Mestiri en-profite pour inspecter les régions Est et Sud-Est des Aurès. Il est à sa grande surprise déçu de l'anarchie qui règne dans les Monts-Némemchas.

    Il dépêche à cet effet une longue lettre à son 1er Adjoint Chihani Bachir -qui assure pendant son absence l'intérim à la tête de l'Idara-, dans laquelle il exprime son inquiétude face à la situation peu-brillante et où Chihani Bachir peut lire devant ses adjoints Abbas Laghrour, Adjel Adjoul, Omar Ben Boulaid (frère de Mostefa), Messaoud Belaggoune, Ali Benchaïba, Mostefa Boucetta et Bicha Djoudi réunie à Aïn Smaïr dans la forêt de Bni Meloul « des Algériens qui ont participé en Tunisie au combat anticolonial en même temps que leurs frères tunisiens, sont retournés au pays après leur démobilisation. Ils sèment la terreur au sein des populations. Chacun s'est arrogé le titre ronflant de commandant de l'ALN et taxe à loisir les civils, quitte à égorger sans merci ceux qui ne paient pas. Il y a danger que l'image de l'ALN soit ternie et que la population se braque contre nous. Il est donc urgent que tu te déplaces sur les lieux et que tu y mettes de l'ordre.»

    Après la capture de Ben Boulaïd, Amor Mestiri en retour de Tunisie, prend les premières mesures provisoires en attendant la venu des trois chefs de l'Aurès qui devant la gravité de la situation ont décidé de faire le voyage ensemble.1

    à gauche Lazehar Cheriet avec un Moudjahid dans les NémemchasLe marche vers le PC de Galaa commence le 13 février 1955. Vers le 20 février, C'est un Chihani Bachir dans toute sa splendeur, fort de sa qualité de chef des Aurès qu'il convoque les pseudo chefs, Saï, Bouguerre, ainsi que Lazhar Charaiet et ses hommes où il procède à la structuration et à l'organisation de la région.

    Si Mohamed Sghir Hlaili garde le souvenir d'un air de fête l'heure de l'intégration officielle des Némamchas aux Aurès, Serge Boumberger lui en a une tout autre version, qui s'avérera plus-juste, tenant compte la suite des évènements.

    Effectivement Lazehar Cheriet est un homme dans la quarantaine, un dur trafiquant d'armes à la frontière Tunisio-Algérienne, qui dès 1948 (abandonnant femme, enfants et propriétés) tente de rejoindre le front du combat en Palestine, mais qui sera refoulé à la frontière égyptienne, il rejoindra en 1953 l'armée de Libération Tunisienne où il s'occupera de l'armement, en 1954, il revient sur le territoire algérien et organise un groupe d'une soixantaine d'homme bien armée dans la région de Djebel Labiad où il mène de rudes batailles, notamment celles de Oued Aalak, de Damouss El-Maleh et de Arkou. C'est assis au beau milieu d'une chambre vide que le chef de l'Idara le reçoit, la rencontre est froide, bref et claire, il lui annonce sans aucune explication qu'il lui retire son commandement et qu'il doit rejoindre comme simple combattant le groupe d'Abdelouaheb El-Soufi à Alienas.2

    Quand Cheriet ressort la rage au coeur, ses hommes sont déjà routé, répartie par trois dans divers groupes. Adjoul l'escorte à Aliana, avec ordre de le désendre s'il veut s'enfuir.

    En ce début du mois de mars 1955 et dans un délai de vingt jours, Chihani réussit à organiser la zone des Némemchas jusqu'à la frontière tunisienne. Il constitue les groupes de partisans et les affecte dans des secteurs géographiques bien définis, sous les commandements de Mestiri, Bedjaoui, Tijani et Sidi Henni, sous le regard approbateurs de ses deux Adjoint Abbes Laghrour et Adjel Adjoul, des mesures sont prise pour le changement officiel du cachet "Zone Aurès" en "Zone Aurès-Nemémchas".3

    Il a bien senti, devant l'attitude servile des civils, que la population est terrorisée. Il a noté la peur dans leurs regards et a décidé de faire venir à lui les militants de Tébessa, Chéria, Bekkaria, Elma Labiod, du Kouif, leur tenant le discours suivant.

    - Aidez-nous ! Vous êtes la couverture et la protection de la Révolution. Nous sommes vos frères et notre mère est une. Créez et multipliez les cellules de soutien à l'ALN qui est votre armée.

    Il leur demande de collecter des fonds, du ravitaillement, du renseignement. Le courant passe. En l'espace de quelques semaines, arrivent à Galaa plusieurs quintaux de semoule, de café, du sucre, de l'huile, du lait en boîte, des boîtes de sardines, bref toutes sortes de denrées qu'il s'empresse d'expédier à Kimmel. L'argent, aussi, commence à affluer.  Chihani rayonne. Il a réussi à s'imposer, par petites touches. Son ascendant sur ses adjoints, Adjoul et Abbes, lui assure une grande liberté de manoeuvre. De plus, n'étant pas de l'Aurès, il demeure imperméable aux rivalités intertribales.4

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    1. Adjel Adjoul, un des chefs historique des Aurès, Tablit Amor, 2011.
    2. Les Rebelles Algériens, Serge Bromberger, 1958.
    3. Témoing de la révolution dans les Aurès, Mohamed Sgir Hlaili, 2012.
    4. Les tamiseurs de sable, Aurès-Nememcha 1954-1959, Mohamed-Larbi Madaci, 2001.

            *. La bataille des monts Nementcha (Algérie 1954-1962), Dominique Faral, 2004.

     
     

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